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Le travail sur l'attention est au coeur de la pratique de la pleine conscience. Asseyez-vous, centrez-vous sur le souffle. Et voyez comme votre esprit part ailleurs. Alors, revenez sur le souffle. Une fois, dix fois, des centaines de fois. Des centaines de pas vous ont appris autrefois à marcher ; des centaines de pas continuent chaque jour de maintenir en vous cette capacité à la marche. Il en est de même de vos capacités d'attention : si vous vivez dans la dispersion et vous contentez de répondre aux sollicitations, d'aller là où ça clignote et où ça sonne, elles seront indigentes. Les exercices de pleine conscience, et surtout les centaines de "sorties d'exercice" et les centaines de "retours à l'instant présent", représentent un entrainement mental exceptionnel. Pratiquez, pratiquez. Sinon, ne vous étonnez plus que votre esprit vous joue des tours...
"Maintiens ton corps immobile ;
Garde le silence ;
Ne bride pas tes pensées, laisse-les venir,
Et laisse ta conscience se relâcher
Dans un état d'aise parfaite.
Parvenu à ce point, l'attachement à la méditation
Et à la non-méditation s'efface ;
L'esprit, libre de toute construction mentale, n'est plus que conscience claire, vaste et transparente."
Shabkar, Mémoires d'un Yogi Tibétain
Lorsque je suis troublé, contrarié, inquiet, surtout ne pas passer à autre chose pour m'en libérer, me soulager. Au contraire, si j'en ai le temps, observer ce qui se passe en moi. Quelle est cette émotion qui m'habite? Vers quoi me pousse-t-elle? Cela semble très simple, mais évidemment ça ne l'est pas : comme pour nos pensées, nos émotions s'imposent à nous, c'est-à-dire qu'elles ne se présentent pas comme des phénomènes subjectifs, mais comme l'évidence, la réalité non discutable. Alors, ne pas chercher à modifier ce que je ressens, ne pas chercher à me consoler ou à me calmer. Juste me rendre présent. Bien respirer alors, ne rien "vouloir" d'autre que m'attacher à respirer en observant ce qui se passe en moi.
"Tout repose sur quelques idées qui se font craindre et qu'on ne peut regarder enface."
Paul Valéry Tel Quel
Fermer les yeux et placer son souffle au centre de l'attention. Puis noter comment, très vite, l'esprit s'en va, ou plutôt comment nos pensées se replacent au centre de notre attention, comme des enfants capricieux. Pensées sur des choses à faire, pensées sur notre difficulté à rester dans l'exercice. Nous y sommes : le travail de la pleine conscience sur les pensées consiste simplement à prendre conscience du bavardage irrépréssible de l'esprit. Et prendre conscience de son pouvoir d'attraction : à un moment, nous n'observerons plus nos pensées, mais nous serons dedans, embarqués. Alors, revenir tranquillement au souffle, puis à l'observation des pensées. Peu à peu, la différence entre "penser quelque chose" et "s'apercevoir que l'on pense quelque chose" deviendra une évidence. C'est ce que l'on appelle la lucidité, et ça nécessite un travail régulier.
"Il est deux processus que les êtres humains ne sauraient arrêter aussi longtemps qu'ils vivent : respirer et penser. En vérité, nous sommes capables de retenir notre respiration plus longtemps que nous ne pouvons nous abstenir de penser. A la réflexion, cette incapacité à arrêter la pensée, à cesser de penser, est une terrifiante contrainte."
Georges Steiner, Dix raisons (possibles) à la tristesse de pensée
S'arrêter, fermer les yeux, et écouter. Accueillir tous les sons. Autour de nous, les agréables (un oiseau qui chante) et les désagréables (un moteur qui ronfle) ; en nous, les apaisants ( notre respiration) et les dérangeants (acouphènes ou gargouillements). Le but de ces moments de pleine conscience auditive n'est pas de nous faire du bien, pas directement, mais de nous ouvrir les yeux, si j'ose dire ici : nous faire prendre conscience de l'existence de ces bains sonores, et de ce qu'ils déclenchent en nous comme émotions, pensées ou impulsions. Et puis, bien sûr, de savourer les silences.
"J'écoute le chant de l'oiseau non pour sa voix,
mais pour le silence qui suit."
Yone Noguchi, Sources de sagesse orientale
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